Jer'Echos

Jer'Echos

De belles rencontres, tant d’histoires à raconter…

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Philippe, la soixantaine, passe tout son été à même le bitume, devant la poste, sous le soleil, adossé contre le mur, ses affaires tiennent dans un sac à dos posé à côté de lui. Il regarde passer les gens, demande une petite pièce de temps à autre, il a une bouteille qui sort de son sac, en guise de compagnie. Il la sirote, la bichonne, la délaisse, la renverse.

Que pense cet homme au regard brillant ? A-t-il encore des rêves ? A-t-il peur du lendemain ?

Qu’a-t-il à nous apprendre ?

Si on lui offrait un repas complet, quel plat aurait-il envie de manger là tout de suite maintenant ?

 

Claire, la quarantaine, dort sous une toile de tente sur la plage avec son ami. Amaigrie, les traits tirés, la peau brulée par le soleil, elle a connue plusieurs hébergements, a enfreins le règlement, a quitté, ne s’est pas adaptée. Les yeux agars, groggy par l’alcool, un petit rire gêné qu’elle laisse échapper.

Une interpellation, une hésitation, un sourire, un contact, une blague…qu’a-t-elle envie de dire ? Peut-elle le dire ?

Elle semble chercher un regard, un peu de frais, une présence, un coin de canapé.

A-t-elle un souhait ?

Des échecs, des cassures, des blessures…l’épuisement est palpable.

Si on lui offrait une cure de sommeil d’une semaine accepterait elle de se faire du bien ? A quelles conditions ?

 

Ahmed, la cinquantaine, dort dehors, en squat, il vient passer la journée à l’accueil, il aime le débat, le café, rire et lever son doigt quand il considère important ce qu’il va dire.

Touchant, il aime à faire remarquer si on passe sans le saluer.

Des cafés on en a bu, des débats on en a eu, des blessures on en a soigné, des hébergements on en a proposé.

Il semble attaché aux mots échangés, aux regards croisés, le reste il dit plus tard, non, t’inquiète.

Amaigri, les yeux rouges, la peau jaune, quand la santé va-t-elle le rattraper ?

Et si ses frères de la rue l’accompagnaient, irait-il se mettre à l’abri ?

 

Rabah, la cinquantaine, dort parfois chez la famille qui s’inquiète pour lui et souvent dehors. Il parle de ses cinq enfants avec fierté. Il a tenté plusieurs projets de cures et d’hébergement, les foyers, un lieu de vie. S’adresser à Rabah pour les critères d’admission des structures du var, il connait.

Retour à la case départ, la rue. Il est libre Rabah, il décide, il ne donne pas sa confiance comme ça.

Des allers, des retours, les séjours en structure sont cependant de plus en plus longs.

Qu’est ce qui le fait quitter ?

Si on lui proposait un hébergement à la carte, saisirait-il l’opportunité ?

 

Une pensée à mes collègues d’objectif var qui vont poursuivre un travail vers une meilleure compréhension des besoins des personnes à la rue et ainsi voir se dessiner des structures sans doute plus adaptées aux problématiques rencontrées par un public en mouvement.

Courage à toutes les équipes engagées auprès des personnes en marge de la société, gardez le désir.

De tout mon cœur je vous salue hommes et femmes dont j’ai croisé le chemin et qui m’ont tant appris.

 

Au revoir :)                                                                                                             

                                                             

 Julie (novembre 2013)

 



30/11/2013
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