Jer'Echos

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17 Octobre : Journée Mondiale du Refus de la Misère

Comme chaque année depuis 1987, la Journée mondiale du refus de la misère a été commémorée lundi 17 octobre dernier un peu partout en France. Dans l’agglomération toulonnaise, 2 événements ont été organisés à La Garde et Toulon. Un autre l’a été à Fréjus. L’occasion de faire entendre les personnes touchées par la précarité et d’alerter l’opinion publique.

 

Cette année, c’était la 29ème édition de la Journée mondiale du refus de la misère. Cette journée est officiellement reconnue par l’Organisation des Nations-Unies depuis 1992. Elle  est née de l’initiative du père Joseph Wresinski, fondateur d’ATD Quart-Monde, et de celle de plusieurs milliers de personnes de tous milieux qui se sont  rassemblées sur le Parvis des Droits de l’Homme, au Trocadéro, à Paris en 1987.

 

 photos : Nathalie Carmagnole

Un message qui rassemble très largement

 

Sur la Plaque apposée au Trocadéro Joseph Wresinski, a inauguré cette inscription :

 

« Le 17 octobre 1987, des défenseurs des droits de l’Homme et du citoyen de tous pays se sont rassemblés sur ce parvis. Ils ont rendu hommage aux victimes de la faim, de l’ignorance et de la violence. Ils ont affirmé leur conviction que la misère n’est pas fatale. Ils ont proclamé leur solidarité avec ceux qui luttent à travers le monde pour la détruire.

Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l’homme sont violés. S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré. »  Joseph Wresinski

 

« Éliminer la pauvreté sous toutes ses formes »

 

Chaque année un thème international est donné à cette journée, et il sert de guide aux animations proposées. En 2016, c’était : « De l’humiliation et l’exclusion à la participation : Éliminer la pauvreté sous toutes ses formes ».

 

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Selon les organisateurs, ce thème a été choisi en consultation avec des personnes et des organisations de la société civile et non-gouvernementales engagées, et il souligne à quel point « il est important de reconnaître et de prendre en compte l’humiliation et l’exclusion endurées par de nombreuses personnes vivant dans la pauvreté. »

En effet, ils constatent que « l’humiliation est omniprésente chez les personnes sans abri et celles vivant dans la pauvreté ; c’est, par essence, une expérience interpersonnelle négative. Alors que la honte est le résultat d’un jugement personnel sur son échec, l’humiliation relève de la conviction de l’individu qu’il ne mérite pas le traitement qu’il reçoit. L’humiliation est liée au sentiment ou à la condition d’être diminué dans sa dignité ou sa fierté et / ou d’être le plus faible ou le moins important dans une relation inégale de pouvoir. Quand les personnes vivant dans la pauvreté se sentent traitées d’une manière méprisante ou insultante, cela se traduit par des sentiments de perte d’estime de soi, de sa propre valeur ou de perte de dignité.

Souvent, des épisodes ou des expériences d’humiliation incluent des actions à la fois verbales et physiques. Souvent, les « regards » portés sur des personnes vivant dans la pauvreté sont perçus par celles-ci comme des jugements, et génèrent des sentiments d’humiliation. Ces personnes sont aussi exposées au ridicule. Elles se sentent humiliées lorsqu’elles se retrouvent dans la situation de devoir « mendier » de l’aide ou d’avoir à supporter un comportement grossier, humiliant, condescendant ou de jugement de la part des organismes chargés de les aider.

 

L’humiliation peut conduire à l’exclusion

 

L’humiliation peut conduire au dénuement total parce que souvent les personnes qui la vivent ont honte de paraître en public et, par conséquent, sont socialement exclues quand il ne leur est pas possible de participer à la vie de la communauté. Un tel isolement et une telle exclusion sociale peuvent conduire à d’autres privations et limiter les autres libertés. Par exemple, l’isolement peut exclure une personne de l’accès à des possibilités de travail, ce qui peut à son tour conduire à l’impossibilité d’acheter de la nourriture. Quand les gens vivant dans la pauvreté se sentent discriminés ou craignent des traitements irrespectueux au sein du système de santé, ils peuvent éviter de chercher les soins médicaux dont ils ont besoin, ce qui entraîne des privations en matière de santé. »

 

«La pire chose quand on vit dans l’extrême pauvreté c’est le mépris, c’est qu’ils vous traitent comme si vous ne valez rien, qu’ils vous regardent avec peur et dégoût et qu’ils vous traitent même comme un ennemi. Nous et nos enfants nous faisons l’expérience de cela tous les jours, et cela nous blesse, nous humilie et nous fait vivre dans la peur et la honte». Témoignage d’Edilberta Béja, une activiste Péruvienne.

 

Commémoration à La Garde

 

Aline Racheboeuf, reporter bénévole à Iota, était présente lors de la cérémonie qui eut lieu sur la commune voisine de Toulon. Elle raconte : 17H30, le temps exécrable ne permettant pas la manifestation prévue place des Libertés, c’est à l’Hôtel de Ville que le public se retrouve autour du Maire, M. Jean-Louis Masson. Sont présents les représentants des cultes catholique, juif et musulman, ainsi que le Conseil de Ville des Enfants. Après son allocution, M. Masson invite les gens à aller jusqu’à la Fontaine de la place des Libertés où les enfants déposeront chacun une rose blanche avant de garder un instant de silence en pensant aux personnes en grande difficulté.

 

A 18 h, les participants se retrouvent à la Maison de la Culture Gérard Philippe pour 2 rencontres :

  • L’exposition des 50 photos de sans-abri réalisées en noir et blanc par Yves de Kermel. Une galerie de regards, une méditation au long cours sur des existences hors normes.
  • La conférence du philosophe Jacques Atlan autour de son livre « Le grand voyage de Ladislav ».

 

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photo : Delphine Dumont

 

Une assistance assez nombreuse se presse dans le hall d’exposition. MM. de Kermel et Atlan  sont invités à présenter leurs œuvres.  Pour le premier, toutes les personnes  photographiées ont été volontaires ; certaines ont dit non, par honte ou par peur d’être reconnues. Ces instants de rencontre constituent une incroyable richesse de partage. Pour le second, ce récit « à deux mains » raconte l’Europe des rues à travers les faits de vie rapportés par Ladislav, globe-trotter de la pauvreté, et découverts  jour après jour.

Puis c’est au tour de Gilles Rebêche, Diacre et Délégué épiscopal à la solidarité du diocèse de Fréjus-Toulon, de conclure en quelques mots. Il évoque Les Amis de Jéricho et tous ceux à qui Yves de Kermel a « donné la parole » en les photographiant.

 

 

 « Faire venir à la lumière ceux qui vivent dans l’ombre… Se laisser transformer par leur regard… C’est cela le véritable accueil » témoigne Gilles Rebêche.

 

 

A Toulon : une soirée de sensibilisation

 

A Toulon, l’événement était organisé par le Comité du 17 octobre, un collectif d’associations aussi diverses que : l’UDV, la Ligue des droits de l’Homme, le Secours Catholique, Amnesty International, les petits frères des Pauvres etc. Et depuis 2013, un partenariat étroit s’est tissé avec Archaos, un accueil de jour pour sans abri dans le centre de Toulon.

La dalle n’étant plus accessible au public en raison du plan Vigipirate, les organisateurs avaient décidé de proposer un événement en plein air devant l’église Saint-Louis à Toulon. Mais en raison d’une météo menaçante qui risquait d’entraîner l’annulation de la soirée, la Ligue de l’Enseignement/FOL du Var a mis gracieusement à disposition sa nouvelle salle culturelle L’Hélice, ex Crep des Lices, avenue Victor Agostini à Toulon. Et ce formidable geste de générosité et de soutien a permis que l’événement ait lieu !

Au cœur de cette soirée gratuite et accessible à tous, des prises de parole et témoignages de personnes vivant ou ayant expérimenté la précarité. Par exemple, 2 participants de l’atelier d’écriture des Amis de Jéricho sont venus lire un texte qu’ils avaient préalablement écrit.

 

 

 

ECOUTEZ-NOUS !

Vous qui faites les maraudes, non sans danger mais toujours avec votre grand cœur. Vous êtes souvent bénévoles, vous offrez du respect mais vous n’en recevez peut-être pas toujours.

Mais la misère est là, dans la rue, sur le trottoir où sont entassés sous les cartons des corps avec leur animal de compagnie à côté d’eux.

Ecoutez leur cœur !

 

On a besoin d’Amour,

Ok, ok, ye…

Je t’apporterai mes mains tendues,

Je voulais un abri pour mes enfants,

Je n’oublie pas,

Mon cœur est là.

 

Je suis solidaire de ta détresse,

Je t’offre un toit,

Une main tendue,

Je choisis de vivre la foi et de la partager avec toi,

Entre la vie et la mort,

Choisissons l’Amour,

Un vrai passeport pour la vie !

 

ECOUTEZ-NOUS !

Une amitié, cela se construit,

Une musique, faut la développer,

Un passeport, faut s’inscrire pour l’obtenir !

Donc, avec tout cela, j’arrive grâce à la musique à faire face à la vie,

Avoir des liens d’amitié forts et sincères,

Et que, même sans passeport, je vis en toute simplicité !

 

Se contenter d’un p’tit bout de trottoir en guise de domicile,

C’est juste inadmissible à notre époque !

On dit que les trottoirs ne sont pas faits pour les chiens,

Mais ils ne sont pas faits non plus pour y déposer ses valises,

Pour y survivre, pour y mendier, pour y rester assis ou allongés toute une vie !

 

ECOUTEZ-NOUS !

La chaleur humaine ! Qu’est-ce que ça veut dire ?

Pour moi, c’est écouter et accepter.

Parce qu’il faut valoriser chacun comme il est,

Il faut faire attention à ses soucis.

Mais la chaleur humaine, ce ne sont pas que les choses matérielles,

C’est aussi aider concrètement, offrir un toit pour tous,

Un endroit pour dormir et de la nourriture.

Et la misère, qu’est-ce que c’est ?

Ça se passe s’il n’y a pas assez de chaleur humaine.

 

ECOUTEZ-NOUS !

Vous qui êtes au boulot,

Que vous soyez bénévole ou pas,

Qui aidez les gens dans la rue,

Nous sommes tous égaux,

Que vous soyez sur les routes ou dans des accueils de jour,

Les gens vivant dans la rue n’ont pas toujours une bonne santé.

 

Un jour, ce qui m’a réchauffé le cœur malgré le froid,

Ce sont des amis que je n’oublierai jamais,

Une grande Famille : JERICHO !

En les rencontrant, je regagnais mon identité d’Homme !

Ma mère et eux, sont mes rayons de soleil.

 

ECOUTEZ-NOUS !

Il n’y a pas de vie sans Amour,

Je garde Espoir de le trouver un jour…

 

Texte écrit en commun à l’occasion de la journée du refus de la misère par : Pierrette, Didier, Malek, Philippe, Steve, Raymonde, Thomas, Rachel & Nathalie pendant l’atelier d’écriture du 11/10/2016

 

 

 

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 Rachel & Didier

 


LA MISERE

 

Ce mot ne me plait guère !

Comment la vivre et la supporter,

Eh bien, pour comprendre ce moment-là,

Il faut le vivre pour réaliser ce que c’est,

Ou bien par des témoignages de ceux qui supportent cette difficulté,

Ou par des mots écrits sur papier qui ont du vécu

Et qui risqueraient de nous bouleverser tellement la douleur se fait ressentir.

Ce parcours-là est difficile à gérer,

Surtout quand tu n’as pas de toit pour te ressourcer et te réchauffer.

Sans cela, comment voudrais-tu que je parte travailler avec un esprit reposé !

Habitation et travail vont de pair !

Cela m’aiderait à me retirer une épine  à ce sujet,

Sans pour autant sortir la tête haute,

Car d’autres soucis surgissent parmi la société ;

Avoir un revenu fiable,

Avoir une alimentation équilibrée,

Avoir une maturité posée,

Avoir un mental d’acier,

Et j’en passe !

Donc, la misère, si aujourd’hui elle n’a pas tapé à ta porte,

Dis-toi que demain cela pourrait t’arriver,

Alors ne prenons pas ce sujet comme de la bagatelle.

Réunissons-nous, concentrons-nous, dialoguons tous,

Et aidons-nous à combattre ce fléau qui gangrène la vie de ces personnes,

Qui n’ont pas forcément choisi d’en arriver là !

Un élan de solidarité n’a jamais tué personne,

Soyons forts et aidons-nous les uns, les autres !

On a tous droit à une parcelle de bonheur,

Dans tous ces mots

Et dans tout ce que je vois,

Mon sang, mon cœur, mon esprit, mon âme s’affaiblissent de jour en jour !

Heureusement que certaines associations comme Jéricho et Archaos sont là,

Elles nous permettent de garder les pieds sur terre et d’avoir de l’entraide

Alors, Ecoutez-moi mes amis, mes frères, mes compagnons,

Disons Stop à la Misère !!!

Disons Stop à quoi ?

A la MISERE !!!

 

J’implore le Seigneur

De veiller sur ces personnes

Qui vivent au quotidien ces moments de faiblesse

Et de leur donner la force de combattre ce fléau

Qui est la Misère.

Merci à toi, mon Seigneur

De m’avoir écouté

Je vous salue Marie,

Pleine de grâce

Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit

Amen…

 

Didier Linharès

 

Place à la musique !

 

Et pour rythmer ces prises de parole, 2 concerts de 2 groupes engagés de la scène toulonnaise ont donné de la voix pour faire entendre les personnes qui vivent des situations d’exclusion.

Tout d’abord, c’est le groupe Sans Voix qui a fait entendre son répertoire rock, emmené par son leader et fondateur Pierre Favre, alias Piero Sapu, ancien chanteur du groupe punk bien connu les « Garçons Bouchers ». L’originalité de ce groupe composé de 5 musiciens est de récolter des textes écrits par des personnes vivant des situations de précarité (accident, deuil, maladie, pauvreté, injustice…), pour ensuite les porter au-devant du public, se faisant ainsi haut-parleur des Sans-Voix : celles et ceux qu’on n’entend pas, qu’on ne voit pas, et qu’on oublie trop souvent.

 


 

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 Puis un autre groupe, original lui aussi, Archaotic, a proposé son répertoire musical. Ce groupe composé lui aussi de 5 musiciens est né au sein de l’association Archaos, et il mêle des éducateurs et des gars de la rue, rencontrés lors des permanences sociales. Ensemble,  ils chantent le quotidien de la précarité et de la rue, avec ses galères mais aussi ses espoirs.

 

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 photo : Delphine Dumont/Véronique Mas/Stéphane Lasserre.

Pari réussi

 

Malgré le fait que cette soirée soit organisée un lundi soir, en pleine semaine (car les organisateurs souhaitaient respecter la date du 17 octobre), et que le temps a été exécrable, ce sont plus de 150 personnes, équipe organisatrice comprise, qui se sont retrouvées dans la salle de l’Hélice pour refuser la misère. Les médias eux aussi avaient répondu présents, France 3 Provence et La Marseillaise notamment, donnant à cette soirée la tonalité du plaidoyer et du grain de sable présent pour troubler l’engrenage de la fatalité et de l’indifférence.

 

Auteurs du reportage : Aline Racheboeuf et Christophe Parel

Source :  //iota.udv-asso.fr/

 



05/11/2016
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